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Photo : C.Penn © Panos Pictures
Plantes médicinales
Tu ne pilleras point

Les plantes médicinales sont de plus en plus demandées. Mais la course au profit pourrait nous faire perdre des connaissances inestimables, beaucoup de biodiversité et un peu de bon sens.

Dans les pays en développement, deux personnes sur trois se soignent avec les plantes médicinales. Il a pourtant suffi d’une petite plante épineuse et d’un groupe de Bochimans pour que l’attention mondiale se focalise sur les plantes médicinales et sur les questions que soulèvent leur culture et leur propriété.

En juin 2001, un rapport sur le cactus hoodia publié dans le grand journal londonien The Observer fait sensation. Depuis des temps immémoriaux, le hoodia pousse dans le désert du Kalahari, en Afrique australe, et les Bochimans le consomment pendant leurs longs parcours de chasse. Le jus de cette plante succulente apaise la sensation de faim et de soif et aide les chasseurs à respecter la tradition de ramener l’intégralité de leurs prises à la maison.

L’inhibiteur d’appétit de cette plante a attiré l’attention du Conseil sud-africain pour la recherche industrielle et scientifique, qui l’a breveté en 1995 sous le nom de code P-57. En 1997, les droits commerciaux d’exploitation pharmaceutique sont vendus à une société britannique de biotechnologie, Phytopharm plc. L’année suivante, Phytopharm concède la licence P-57 au géant pharmaceutique américain Pfizer, pour mettre au point un produit amaigrissant pour le marché du régime alimentaire qui vaut 6 milliards $US. Cet accord rapporte près de 32 millions $US.

En juin 2001, alertés par des journalistes, les Bochimans décident, au cours de leur rassemblement annuel, de demander une compensation, estimant que leur savoir a été volé. Les compagnies auraient dû passer un accord avec eux, argumentent-ils, au lieu de proclamer qu’ils avaient disparus! Mi-mars 2002, les Bochimans et Pfizer ont élaboré un plan de répartition des bénéfices, qui accorde aux Bochimans une part des futurs dividendes. La pilule P-57 contre l’obésité est désormais dans sa phase d’essais cliniques et devrait être introduite sur le marché en 2006. Les Bochimans mettront ces quatre années à profit pour développer la culture du hoodia, afin de le protéger de l’extinction.

À qui appartenait ce savoir et qui aurait dû être rétribué? L’anthropologue hollandais qui a, le premier, noté l’usage de cette plante par la tribu en 1937, ses descendants ou le pays, demandait Phytopharm? Et lequel des quatre pays où vivent les Bochimans? Le cas du Hoodia P-57 illustre la complexité de la question des plantes médicinales. En avril 2002, au cours d’une réunion des Nations Unies sur la Convention sur la biodiversité, des directives ont été adoptées, qui " promettent d’améliorer les modes d’accès aux ressources génétiques de valeur et les contreparties en termes de partage des bénéfices avec les pays d’origine et les communautés indigènes locales ". Mais aucun accord n’est intervenu sur les droits de propriété intellectuelle, ni sur le problème de la surexploitation des plantes médicinales.

C’est la question des droits de propriété qui est la plus brûlante. Une coalition de 325 ONG et organisations paysannes a préparé un projet de traité pour protéger le pool génétique mondial, également appelé " capital génétique mondial ". Le but est d’empêcher que les plantes ne soient considérées comme une propriété intellectuelle et donc brevetées. La coalition fait pression, avec un succès modeste, pour que le traité soit adopté en août 2002 par le Sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg, en Afrique du sud.

La bataille s’étend et gagne notamment le secteur agricole. Si les droits de propriété peuvent faire ou non l’objet de transactions commerciales, il n’en va pas de même pour le matériel génétique et les plantes qui, eux, peuvent être vendus et le sont. Cultivées dans un champ ou cueillies dans la brousse et la forêt, fraîches, réduites en poudre, transformées en pilules ou dissoutes dans des potions, les essences botaniques sont utilisées par les diverses " écoles de santé ", de la pharmacologie moderne à l’aromathérapie, en passant par l’homéopathie et la médecine traditionnelle. Celle-ci, entre parenthèses, est définie par l’Organisation mondiale de la santé comme " la somme de savoir, de compétences et de pratiques basée sur les théories, les croyances et les expériences propres aux différentes cultures indigènes et que l’on utilise pour maintenir la santé — qu’elles soient ou non explicables ".

Explicables, elles le sont dans la plupart des cas. La question de la validation scientifique des plantes médicinales demande certainement à être approfondie, mais on constate aujourd’hui que beaucoup de médicaments basés sur les plantes sont utilisés pour les mêmes effets que ceux originellement recherchés par les autochtones. Selon Maurice Iwu, directeur du Programme de développement et de protection des bio-ressources du Nigeria, les revendications des communautés locales correspondent — dans 85% des cas étudiés par le BDCP — aux preuves scientifiques établies par la suite.

La préparation de l’essence de girofle à Madagascar demande du savoir-faire et beaucoup de travail.
Photo : B.Locatelli
A l’origine de l’agriculture
On prétend même que les plantes médicinales sont à l’origine de l’agriculture. Il y a plus de 50 000 ans, en Asie occidentale, les hommes de Neandertal utilisaient la prêle des bois (Ephedra) comme stimulant. Il semble que l’on ait d’abord cultivé des plantes médicinales et psycho-actives et non des plantes alimentaires : Cinchona sp. pour la quinine contre la malaria, la réglisse de Glycorrhyza glabra, ou encore un tranquillisant extrait de Rauwolfia serpentine et de Catharanthus roseus.

Le temps passe et la mémoire s’efface. L’Institut Worldwatch rapporte que 1% seulement de l’ensemble des espèces de plantes ont été étudiées pour leurs composantes bio actives et que le savoir traditionnel sur les plantes médicinales disparaît encore plus vite que les plantes elles-mêmes. Beaucoup de plantes sont victimes du défrichage, de la déforestation — et de récoltes excessives. Par exemple, la très forte demande de l’écorce du Prunus africanus, utilisée pour le traitement des maladies de la prostate, a conduit à une grave diminution de l’arbre en Afrique centrale.

La production — par récolte sauvage et, de plus en plus, par culture — est stimulée par la forte demande mondiale qui croît de 15% par an. Les prix offerts sont souvent trop bas pour inciter les petits exploitants à se lancer dans la culture, quoique de plus grandes entreprises l’aient fait, notamment au Sénégal et en Afrique du Sud.

Bien que le volume des échanges mondiaux de plantes médicinales soit difficile à mesurer, le Centre international du commerce estime ce marché à plusieurs milliards de dollars, sans compter les échanges locaux. Une part importante est occulte ou n’est pas contrôlée et il est difficile de distinguer les usages médicaux des autres usages de ces plantes tels qu’arômes alimentaires, attendrisseurs, insecticides et parfums.

Les plus gros fournisseurs mondiaux sont la Chine, Singapour, le Brésil et l’Égypte, mais plusieurs pays ACP — notamment le Soudan, la République démocratique du Congo, le Vanuatu et Madagascar — produisent aussi des plantes médicinales (et des extraits) qui figurent en bonne place dans leurs listes de produits d’exportation.


Bon pour la santé (financière)
Les États-Unis sont le premier importateur mondial, suivis par l’UE. Le Mexique, la Pologne et la Corée du Sud élargissent rapidement leurs marchés. Le centre mondial du commerce des plantes médicinales se situe à Hambourg, en Allemagne, en raison de la position dominante de ce pays au sein du marché européen.

Malgré une augmentation spectaculaire des opportunités commerciales, les marchés d’importation sont aujourd’hui plutôt difficiles à pénétrer. Pour garantir la sécurité des consommateurs, les États-Unis, le Japon et l’UE ont rendu leurs critères de qualité encore plus stricts. Le Parlement européen se débat dans les nouvelles définitions tout comme la législation américaine, nerveuse elle aussi. La complexité et la volatilité de ces marchés constituent une barrière importante aux exportations ACP, comme l’ont relevé des séminaires régionaux sur les plantes médicinales, organisés par le Secrétariat du Commonwealth, le Centre pour le développement de l’entreprise et le CTA. Le prochain séminaire de ce cycle est programmé aux Caraïbes en décembre 2002.

C’est pourtant un secteur dans lequel il est intéressant d’investir, en évitant toutefois de se raccrocher à n’importe quoi sur le marché et de cueillir les plantes trop avidement. On peut récolter les feuilles, cosses, graines, fleurs, écorces de nombreuses plantes médicinales sans les détruire, à condition de récolter avec mesure. De nombreux programmes communautaires se sont engagés dans une exploitation durable des forêts. On a démontré à Madagascar, en Indonésie et au Belize qu’un hectare de forêt bien géré pour l’exploitation du bois et la cueillette des plantes médicinales rapporte plus que si on le défriche pour la culture ou l’élevage.

La culture est l’option la plus sage. Cela demande des investissements et donc des revenus sûrs, ainsi que la garantie que les habitats des plantes sauvages seront protégés et exploités avec le souci du bien commun.



Scénario pour une bonne exploitation des plantes médicinales :
• Résoudre les questions de propriété intellectuelle
• Recueillir et consigner le savoir local
• Valider scientifiquement les plantes médicinales et leurs usages
• Diffuser de l’information sur le marché, surtout sur les tendances et les réglementations
• Mener des recherches sur les niveaux de durabilité et les méthodes de culture et de cueillette.