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19 janvier 2005 10:36
 
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SOMMET mondial du développement durable (J-2). Aujourd’hui, la santé. Les San, les cactus et les grands laboratoires

A la recherche du produit (profit...) miracle, les grands laboratoires pharmaceutiques n’hésitent pas à piller médecines et ingrédients traditionnels des peuples du Sud, comme chez les San d’Afrique du Sud. Histoire d’un biopiratage (en partie) avorté.

Johannesburg (Afrique du Sud),

Correspondance particulière.

Depuis des siècles, les San (mieux connus sous le nom de Bushmen) utilisent un cactus géant comme coupe-faim. Le hoodia, cette plante sauvage haute de deux mètres, que l’on ne trouve qu’en Afrique australe, leur permet, une fois coupée en tranches, d’endurer de longs périples dans le désert du Kalahari, région semi-aride qui s’étale de l’Afrique du Sud au Botswana, en passant par la Namibie. Les jeunes, plus détachés des traditions, se servent aussi du hoodia pour " garder la ligne ".

En 2001, les San apprennent par hasard que le CSIR, organisme de recherche sud-africain, a déposé en 1996 un brevet sur l’ingrédient actif du précieux cactus. Entre-temps, le CSIR a vendu les droits de commercialisation à Phytopharm. Ce laboratoire pharmaceutique effectue actuellement des tests cliniques en collaboration avec Pfizer, autre multinationale de la pharmaceutique et concepteur du Viagra, pour mettre au point un médicament contre l’obésité. Le traitement devrait être commercialisé dans les trois ou quatre années à venir. Il représente un marché potentiel de plusieurs milliards de dollars pour les laboratoires et de centaines de milliers de dollars en royalties pour l’institut de recherche.

Pendant que les laboratoires se frottent les mains face aux gains à venir, les San, eux, se cantonnent dans la pauvreté, souvent marginalisés dans des villages reculés ou, près des villes, dans les bidonvilles. Selon l’Institut sud-africain des San (SASI), " les familles San gagnent moins de 12 dollars par mois, sauf les retraités qui reçoivent 37 dollars mensuels ". Alors, ils demandent, eux aussi, à recevoir leur part du gâteau. Courant 2001, flanqués de leur avocat Rogers Chennells, ils approchent le CSIR et Phytopharm. Après moult négociations, le CSIR annonce, en novembre 2001, un " partage des bénéfices " issus du brevet. Le représentant de Phytopharm, quant à lui, jure alors qu’il croyait que les San n’existaient plus. Ces derniers, premiers peuples d’Afrique australe, ont en effet été quasiment décimés. Refoulés par l’expansion bantoue, puis par les colons européens et enfin recrutés par l’armée de l’apartheid pour leurs talents de pisteurs, ils ont tout de même survécu et représenteraient à présent quelque 100.000 âmes.

Aujourd’hui, il s’agit pour eux d’obtenir la reconnaissance de leur savoir ancestral. Une reconnaissance sur le point d’être accordée, même si l’accord avec le CSIR et Phytopharm demeure à finaliser. " Nous ne savons pas encore quel pourcentage des royalties les San recevront ", précise l’avocat Roger Chennells. " Il reviendra à la Wimsa de répartir l’argent entre les membres de la communauté, ajoute-t-il. L’argent sera probablement destiné à l’achat de terres ou à des projets collectifs comme la construction d’une école. " Les San espèrent aussi devenir partie prenante de la culture du hoodia, lancée par le CSIR pour suppléer l’industrie du médicament.

Les revenus qu’ils entendent tirer de l’accord restent toutefois limités dans le temps, tout comme le brevet lui-même (20 ans). Et s’ils n’avaient pas eu vent des activités du CSIR, ils n’auraient reçu aucun bénéfice, d’autant qu’aucune loi n’oblige les détenteurs de brevets à se montrer généreux. En même temps, l’Afrique du Sud offre un terrain fertile aux chercheurs de nouveaux produits. Il s’agit en effet du troisième pays le plus riche au monde en diversité biologique.

" Ceux qui commercialisent la biodiversité, généralement des entreprises basées dans les pays technologiquement avancés, se trouvent au Nord et ceux qui fournissent les ressources génétiques sont au Sud, qui est biologiquement très riche ", explique Rachel Wynberg, de Biowatch. L’association écologiste sud-africaine dénonce ainsi le " biopiratage ", ou pillage des ressources naturelles du Sud par le Nord. " Les systèmes occidentaux de propriété intellectuelle récompensent des individus ou des entités légales et sont souvent monopolistiques par nature ", poursuit Rachel Wynberg. " Ces systèmes ne sont pas adaptés aux connaissances traditionnelles, qui, elles, sont par nature collectives. "

C’est donc un nouveau type d’échange inégal qui est en train d’émerger. Et le CSIR, qui a l’obligation de générer des revenus depuis sa semi-privatisation, n’entend pas s’arrêter là. Il a ainsi lancé un programme de prospection sur les quelque 23.000 espèces végétales indigènes de l’Afrique du Sud afin de concevoir " de nouvelles substances médicinales ".

Face à cette situation, le gouvernement prévoit de combler le vide législatif pour protéger ses ressources génétiques et ses savoirs traditionnels. " Un projet de loi est en préparation pour définir une méthode de recherche appropriée, qui comprend la consultation préalable de ceux qui détiennent le savoir concerné, avec ensuite le partage des bénéfices entre les différentes parties ", souligne Mogege Mosimege, directeur des Systèmes de connaissances traditionnelles au ministère sud-africain des Sciences et des technologies. Le texte, inspiré de la Convention sur la diversité biologique adoptée au Sommet de Rio en 1992, doit passer devant le Parlement courant 2003.

Chrystelle Carroy

Article paru dans l'édition du 24 août 2002.

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